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C R O C I N F O S

[Évaluation 2020-2023] Analyse des rapports annuels de performance (RAP) en Côte d'Ivoire

[Évaluation 2020-2023] Analyse des rapports annuels de performance (RAP) en Côte d'Ivoire

Ph. Archives

Le rapport d’analyse de Dr Christophe Kouamé sur les Rapports Annuels de Performance (RAP) des ministères ivoiriens, couvrant la période 2020-2023, dévoile les forces et faiblesses du système de reddition de comptes en Côte d'Ivoire.

Abidjan (Côte d’Ivoire), le 15 décembre 2025 (crocinfos)---Dr Christophe Kouamé, président de CIVIS Côte d'Ivoire, rendra public un rapport inédit portant sur l’analyse de la qualité des Rapports Annuels de Performance (RAP) produits par les ministères ivoiriens entre 2020 et 2023, le 16 décembre 2025.  Ce travail indépendant, portant sur plus de 10 000 pages de documents officiels, constitue la première évaluation complète du système de reddition de comptes du budget-programme, entré en vigueur en 2020. Cette étude intervient dans un contexte particulièrement scruté, celui du débat sur la transparence de la gestion des finances publiques en Côte d’Ivoire.

La publication de ce rapport se situe à un moment clé, alors que la Côte d'Ivoire poursuit la consolidation du budget-programme et œuvre à renforcer ses obligations de transparence. Ce processus s’inscrit dans plusieurs cadres législatifs et institutionnels : la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF), le Code de transparence dans la gestion des finances publiques, les engagements régionaux de l'UEMOA en matière de performance, ainsi que les attentes croissantes de la société civile, des médias et des partenaires techniques. L’étude apporte ainsi un éclairage crucial sur la capacité de l’État à produire une information publique fiable, complète et accessible, une condition indispensable pour assurer une redevabilité démocratique effective.


Un état des lieux éclairant

Bien que le rapport complet ne soit pas encore publié, l’avant-analyse présente plusieurs constats majeurs. Le premier point notable est la conformité structurelle des ministères à la forme imposée par la LOLF. En effet, les ministères ont désormais maîtrisé l'architecture programme, les indicateurs, les tableaux financiers et la structuration harmonisée, éléments clés de la production des RAP.

Cependant, des fragilités demeurent, en particulier concernant la qualité de la donnée. L’étude révèle que plusieurs indicateurs clés n’ont pas été renseignés durant quatre années consécutives, principalement en raison de dysfonctionnements dans les systèmes informatiques (SIB, SIGOBE, SIGOMAP), de données statistiques manquantes, de financements externes non tracés et de ruptures dans les séries temporelles.

Un autre constat majeur porte sur la nature des indicateurs utilisés, qui mesurent principalement des activités internes, telles que les réunions, les formations et la production de rapports, plutôt que des résultats concrets pour les citoyens. Cette approche semble encore trop administrative et déconnectée des impacts réels sur le quotidien des populations.

En outre, le rapport critique la transparence des RAP, soulignant une technicité excessive, une surcharge d’acronymes et l’absence de vulgarisation, ce qui rend les rapports difficilement accessibles au grand public. Cette limitation de la transparence pourrait constituer un frein à une véritable appropriation des informations par les citoyens et les parties prenantes.

Le rapport propose plusieurs recommandations pour améliorer la qualité des RAP à partir de 2024. Parmi celles-ci, un « Plan Marshall de la donnée » visant à renforcer la fiabilité et la disponibilité des informations, ainsi qu'une amélioration des indicateurs de performance. Le rapport plaide également pour une réorientation des indicateurs vers l’impact citoyen, une réforme de la présentation des RAP et la création d’un « Rapport Annuel de Performance Citoyen » plus accessible et compréhensible pour tous.


Un document stratégique pour les médias et l’opinion publique

Ce rapport, attendu avec impatience, se présente comme un outil stratégique pour divers acteurs de la gouvernance et de la société civile. Il constituera une référence pour les journalistes spécialisés en gouvernance, finances publiques et politiques publiques, les parlementaires et organes de contrôle, ainsi que les organisations de la société civile (OSC) engagées dans la redevabilité. Il fournira une analyse détaillée de la manière dont l’État produit, mesure et communique ses résultats, et mettra en lumière les axes à améliorer pour renforcer la performance publique.

Prochaines étapes : une conférence de redevabilité et la mise à disposition du rapport

CIVIS Côte d'Ivoire prévoit d’organiser, le 16 décembre 2025, une conférence annuelle de redevabilité, au cours de laquelle le rapport d’analyse sera officiellement présenté. Les rédactions intéressées pourront solliciter des interviews, des éléments de contexte ou des consignes d’analyse pour préparer leurs articles. Le rapport complet sera également mis à disposition en format numérique pour une large diffusion.


Athanase Kangah