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C R O C I N F O S

[Blanchiment de capitaux] Apoutchou National débouté de sa demande de sortie du territoire

[Blanchiment de capitaux] Apoutchou National débouté de sa demande de sortie du territoire

Agbré Stéphane, alias Apoutchou Nationalsera à nouveau jugé pour les faits qui lui sont reprochés le 27 janvier 2026

Le 24 décembre 2025, le tribunal du Pôle pénal, économique et financier a refusé la demande de sortie du territoire d'Agbré Stéphane, alias Apoutchou National, impliqué dans une affaire de blanchiment de capitaux.

Abidjan, 24 décembre 2025 (crocinfos)---Le 24 décembre 2025, veille de Noël, l’audience du Pôle pénal, économique et financier (PPEF) a été marquée par une tension palpable, avec la présence du Procureur de la République, Jean-Claude Aboya, et sous la présidence de la responsable du tribunal, la présidente du Pôle. En cause, le dossier d’Agbré Stéphane, alias Apoutchou National, une figure bien connue de la scène artistique et des réseaux sociaux, qui avait sollicité une autorisation de sortie du territoire.

L’avocat de la défense a plaidé avec véhémence en faveur de son client, mettant en avant la célébrité d’Apoutchou National, un influenceur devenu une figure emblématique du milieu artistique. Selon l’avocat, après sa sortie de prison, ce dernier s'était transformé en un philanthrope, une nouvelle facette de sa personnalité qu’il avait découvert. L’avocat a souligné que le prévenu avait été accrédité par la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) pour se rendre au Maroc dans le cadre de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025. Il a insisté sur le fait que cette mission était l’occasion de représenter la Côte d’Ivoire à l’international.

Le dossier d’Agbré Stéphane, alias Apoutchou National, a été renvoyé au 27 janvier 2026, date à laquelle il sera à nouveau jugé pour les faits qui lui sont reprochés.

"Apoutchou National ne fuira pas la justice. Il sollicite seulement cette sortie pour honorer l'image de la Côte d'Ivoire", a plaidé l’avocat, arguant qu'il s’agissait là d'une simple formalité pour un artiste de la renommée de son client.

Cependant, la demande a suscité une réaction vigoureuse du procureur de la République, Jean-Claude Aboya, qui a opposé un refus catégorique. Pour lui, Agbré Stéphane, dans le cadre de sa mise en examen pour blanchiment de capitaux, ne devait pas bénéficier d’une autorisation de sortie. "Le blanchiment de capitaux est une infraction grave qui ne nécessite pas de preuve d’une infraction sous-jacente. Si des fonds sont retrouvés en votre possession, cela suffit à caractériser l’infraction", a rappelé le procureur. Aboya a également mis en avant les graves accusations pesant contre le prévenu, soulignant que ces faits ne pouvaient être ignorés sous prétexte de célébrité. "Une icône comme lui ne devrait pas être impliquée dans une affaire de blanchiment de capitaux", a-t-il insisté, ajoutant que l’accès à une telle demande risquait de créer un précédent inquiétant.

Après une suspension de séance, le tribunal a rendu sa décision : la demande de sortie du territoire a été rejetée. Le juge a opté pour la rigueur, rappelant que la justice ne se laissait pas influencer par des considérations émotionnelles ou des arguties sur la notoriété. En effet, pour la justice, tous les citoyens, célèbres ou non, sont égaux devant la loi. Le dossier d’Agbré Stéphane, alias Apoutchou National, a été renvoyé au 27 janvier 2026, date à laquelle il sera à nouveau jugé pour les faits qui lui sont reprochés.

Le procureur, tout en répondant à la demande de la défense, a profité de l'occasion pour rappeler l'importance de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il a évoqué la place de la Côte d'Ivoire dans le système international, notamment les efforts du pays pour améliorer ses pratiques et se conformer aux exigences du Groupe d'Action Financière (GAFI). "La Côte d'Ivoire est surveillée de près. En janvier 2026, nous serons au Portugal pour défendre notre système de lutte contre ces fléaux", a affirmé le procureur, soulignant que la justice ivoirienne était sous la pression d’une évaluation internationale sur la question.

Agbré Stéphane, se voyant refuser sa sortie, a pris la parole à la barre pour présenter ses excuses au tribunal. "Je suis un artiste, un père de cinq enfants, et mes activités me permettent de nourrir ma famille. Quand on m’a contacté pour représenter la Côte d’Ivoire, c’était un honneur, mais je reconnais avoir commis des erreurs", a-t-il expliqué, demandant pardon pour les actes et propos qu’il avait pu avoir après sa sortie de prison. Un discours qui n’a pas suffi à émouvoir la cour.

Le procureur, tout en répondant à la demande de la défense, a profité de l'occasion pour rappeler l'importance de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il a évoqué la place de la Côte d'Ivoire dans le système international, notamment les efforts du pays pour améliorer ses pratiques et se conformer aux exigences du Groupe d'Action Financière (GAFI). "La Côte d'Ivoire est surveillée de près. En janvier 2026, nous serons au Portugal pour défendre notre système de lutte contre ces fléaux", a affirmé le procureur, soulignant que la justice ivoirienne était sous la pression d’une évaluation internationale sur la question.

Parallèlement, un autre prévenu, Fofana Abdoulaye, responsable d'une société et poursuivi pour des faits similaires de blanchiment de capitaux, a également vu sa demande de sortie du territoire rejetée par le tribunal. Les deux prévenus se retrouvent dans une situation similaire, où la gravité des faits qui leur sont reprochés a primé sur leurs arguments de célébrité ou de nécessité professionnelle.

Cette affaire met en lumière la position ferme et intransigeante de la justice face aux crimes financiers, en particulier ceux liés au blanchiment de capitaux, un domaine particulièrement scruté dans le contexte international actuel. Si la célébrité d’Apoutchou National et son rôle dans l’univers médiatique ont pu séduire certains, le tribunal n’a pas hésité à faire prévaloir l’ordre public et la rigueur judiciaire sur toute forme d’argument émotionnel.

Ainsi, cette audience du 24 décembre 2025 a été un rappel puissant de la nécessité pour les autorités judiciaires de demeurer implacables face à des crimes graves, indépendamment du statut social ou médiatique des prévenus. La justice ivoirienne a fait preuve de sa capacité à mettre la loi avant tout, un principe fondamental qui reste au cœur du système judiciaire du pays.


Fernand Dédeh, envoyé spécial au PPEF