Les résultas arrêtés et compilés au BV 5
L’élection législative de Tiassalé 2025 a été marquée par des irrégularités graves, avec des résultats contradictoires, des procès-verbaux falsifiés et des accusations de fraude. Les regards sont tournés désormais vers le Conseil constitutionnel.
Tiassalé, 28 décembre 2025 (AFP) – La nuit du samedi 27 au dimanche 28 décembre 2025 a vu un véritable tour de magie électorale dans les locaux de la Commission Électorale Indépendante (CEI) locale de Tiassalé, un événement qui soulève des interrogations sérieuses sur l'intégrité des résultats des législatives. Alors que les procès-verbaux signés par les représentants des candidats ne concordent pas avec les chiffres validés par la CEI et cautionnés par le préfet Kouamé Ouffoué, l’issue de cette élection pourrait bien se jouer devant le Conseil constitutionnel.
Une incohérence flagrante
Les résultats de la CEI locale de Tiassalé, tels que compilés le 27 décembre, semblent, à première vue, sortir d’un chapeau magique. Après la compilation générale des résultats pour la commune et la sous-préfecture de Tiassalé, la CEI a annoncé des chiffres officiels qui ont fait sourire plus d’un observateur. Selon les procès-verbaux validés par la CEI, voici les résultats :
- Sanogo Dramane Alpha : 5 445 voix
- Assalé Tiémoko Antoine : 2 932 voix
Un écart important entre les deux candidats, qui paraît acceptable à première vue. Toutefois, lorsqu’on se penche sur les résultats détaillés de la sous-préfecture de Morokro, un vent de doute souffle. Les chiffres issus des bureaux de vote de cette localité, tels qu’ils ont été enregistrés à la CEI, sont complètement dissonants :
- Assalé Tiémoko Antoine : 2 875 voix
- Sanogo Dramane Alpha : 891 voix
Les procès-verbaux détenus par Assalé Tiémoko Antoine confirment ces résultats sans aucune ambiguïté, mais les chiffres affichés par la CEI centrale à l’issue du scrutin sont tout autre. L’écart est abyssal : tandis que le candidat du RHDP, Sanogo Dramane Alpha, obtient 8 557 voix, soit 2 221 voix de plus que le cumul annoncé à Tiassalé et Morokro, Assalé Tiémoko Antoine voit son total exploser de 5 807 voix à 7 489 voix, avec 1 678 voix supplémentaires inexplicablement attribuées.
La question est simple : d’où proviennent ces voix supplémentaires ? La magie opère-t-elle sur les chiffres ?
Un tour de passe-passe ?
Le candidat Assalé Tiémoko Antoine ne reconnaît pas ces 1 678 voix qui lui sont attribuées à Morokro. Selon lui, les procès-verbaux en sa possession ne confirment en rien ce gonflement suspect de ses résultats. En effet, les PV qu’il détient sont cohérents avec les chiffres de la CEI locale, et aucune explication logique ne justifie cette répartition "magique" des voix. "Je vais saisir le Conseil constitutionnel, mais l’opinion publique a le droit de savoir ce qui s’est passé", a-t-il déclaré, dénonçant haut et fort cette fraude flagrante.
Les résultats de certains bureaux de vote viennent conforter la thèse d'une manipulation des résultats. À l’Epp Plateau, par exemple, le bureau de vote n°5 a donné les résultats suivants :
- Votants : 147
- Assalé Tiémoko Antoine : 86
- Sanogo Dramane Alpha : 60
- Bulletins nuls : 01
À la CEI locale, cependant, les résultats du même bureau sont pour le moins étonnants :
- Alpha Sanogo : 401 voix
- Assalé Tiémoko Antoine : 12 voix
Les résultats ne sont ni crédibles, mais vérifiables, et cette divergence met en évidence une manipulation grossière des chiffres. Il ne s'agit pas seulement d'une erreur de calcul, mais d'une fraude systématique visant à donner l’illusion d'une victoire éclatante pour Sanogo Dramane Alpha.
Une escalade de violence et de manipulation de l'information
La fraude électorale ne se limite pas aux simples chiffres. Elle s'accompagne d'une série d'incidents inquiétants sur le terrain. Le samedi 27 décembre, les forces de sécurité ont interpellé plusieurs individus suspects, convoyés par des personnes proches du candidat Sanogo, mais les autorités ont gardé le secret sur leur identité.
Un autre incident a eu lieu dans le village de Niamoué, où Aka Flavien Honvo, superviseur du candidat Assalé Tiémoko Antoine, a été accusé par l’équipe de Sanogo Alpha de détenir des cartes d’électeurs. Cependant, l'accusé a rapidement démenti ces accusations, expliquant qu’il ne possédait que des listes électorales. L’ampleur de l’affaire a été atténuée après sa relaxe par la police en présence du procureur, suite à une enquête infructueuse.
Mais l’incident de Niamoué n’a pas empêché certains membres de l’équipe de Sanogo de diffuser sur les réseaux sociaux une vidéo montante accusant injustement Aka Flavien d’être impliqué dans des pratiques frauduleuses, sans toutefois fournir de preuves tangibles. La violence physique, la fraude électorale et la manipulation des informations se sont enchevêtrées dans un enchevêtrement complexe, rendant l’élection de Tiassalé plus floue que jamais.
Une élection sous haute tension
Alors que le Conseil constitutionnel s’apprête à examiner cette affaire, la vérité semble encore floue. Les résultats des législatives de Tiassalé sont entachés de doutes, et l’opinion publique attend des réponses claires. Les accusations de fraude et la manipulation des chiffres soulignent la faiblesse du processus électoral et l'urgence de réformes pour garantir des élections transparentes et crédibles. En attendant, les yeux sont tournés vers le Conseil constitutionnel, qui aura la lourde tâche de rendre justice dans cette affaire marquée par la fraude, la violence et la manipulation électorale.
Sériba Koné, envoyé spécial à Tiassalé