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C R O C I N F O S

["Opération Hibou’’] Détournement des fonds publics au Conseil Régional du Bélier (1ère partie)

["Opération Hibou’’] Détournement des fonds publics au Conseil Régional du Bélier (1ère partie)

M. Kah Patrick Yves, le DAF du Conseil régional du Bélier

L'Opération Hibou révèle un système de détournement de fonds au Conseil Régional du Bélier, impliquant des directeurs financiers et des opérateurs privés, créant un climat d’impunité et menaçant la stabilité économique de la Côte d'Ivoire.

Abidjan, 29 décembre 2025 (crocinfos)---Le journal d’investigation L’Enquêteur a levé le voile sur un scandale financier impliquant le Conseil Régional du Bélier, où un système sophistiqué de fraude baptisé "Opération Hibou" sévit. Cette opération repose sur la collusion de directeurs financiers du Trésor Public avec des opérateurs économiques complices. Ces derniers reçoivent, en échange de sommes d’argent liquide détournées, de faux bons du Trésor, présentés comme des paiements pour des travaux ou prestations fictives. Les montants inscrits sur les factures sont volontairement gonflés, permettant un enrichissement illicite au détriment des finances publiques ivoiriennes.

Parmi les opérateurs économiques grugés figure le grand commerçant Dramera, qui a porté plainte contre le Conseil Régional du Bélier, dénonçant ces pratiques frauduleuses devant les tribunaux. En outre, d'autres plaignants ont saisi la Direction générale de la décentralisation pour dénoncer ces malversations.

Dans le cadre de cette affaire, L’Enquêteur a adressé des courriers au Président de la République, à Nialé Kaba, ministre de l’Économie, du Plan et du Développement, à Adama Coulibaly, ministre des Finances et du Budget, ainsi qu’au Directeur Général du Trésor Public de Côte d'Ivoire. L’objectif est d’attirer l’attention des autorités sur l’ampleur de la fraude et la nécessité d’une intervention rapide pour assainir la gestion des finances publiques.

Si la situation persiste, le Conseil Régional du Bélier pourrait être placé sous tutelle, et ses responsables risquent d’être poursuivis par la justice. Cette affaire soulève de nouvelles interrogations sur la lutte contre la corruption et la transparence dans la gestion des fonds publics en Côte d'Ivoire.


Le témoignage accablant de Koffi Armand N’dri

Koffi Armand N’dri, victime d’un abus de confiance


Koffi Armand N’dri, victime d’un abus de confiance, raconte son calvaire dans cette affaire de détournement de fonds au Conseil Régional du Bélier, à Toumodi. Le 28 juillet 2024, il est contacté par le Directeur financier du Conseil, M. Kah Patrick Yves, qui sollicite un soutien financier pour la préparation des festivités de l’indépendance. Le 1er août 2024, N’dri remet à M. Kah, en présence de son comptable, M. Oka Anatole, la somme de 15 millions de francs CFA, en échange d'une décharge de 24 millions de francs CFA, soit un montant convenu de remboursement supérieur.

Reconnaissance de dette


Le 6 août 2024, N’dri effectue un virement de 6 millions de francs CFA supplémentaires, portant l’ensemble de la somme à 33 millions de francs CFA à rembourser, avec une promesse de paiement en mandats de la part de M. Kah, la semaine suivant les festivités. Cependant, depuis lors, les promesses n’ont cessé d’être reportées. En juillet 2025, N’dri contacte le président du conseil, M. Konan Raymond, qui lui assure un paiement pour le mois d’août, mais ce dernier ne respecte toujours pas ses engagements. Fin septembre, aucune avancée n’est notée. C’est finalement le 18 novembre 2025 que M. Kah lui annonce un mandat de paiement de 5 millions de francs CFA sur les 33 millions dus, une proposition que N’dri refuse catégoriquement.

Malgré plusieurs tentatives de médiation avec M. N’dri Aristide, le directeur de cabinet du Conseil, N’dri se trouve toujours dans l’impasse. Désemparé, il sollicite désormais de l’aide pour récupérer son dû et faire respecter ses droits face à un système de promesses non tenues et de lenteur administrative.


Le mensonge du Président et du DAF démystifié

Le 27 décembre 2025, l’équipe du président Raymond du Conseil Régional du Bélier tente de désamorcer l’affaire des 33 millions de francs CFA extorqués à l’opérateur Koffi Armand N’dri en envoyant un bon de paiement du Trésor. Cependant, après vérification, il apparaît que ce document n’a rien à voir avec l’affaire en question. N’dri réagit fermement pour rétablir la vérité et dissiper le flou entretenu par le Conseil.

Il explique que les virements reçus concernaient un marché légitime, remporté à la suite d’un appel d’offres et inscrit dans les registres des marchés publics, et non les 33 millions que le Conseil et son Directeur financier lui ont dérobés. Sur les 33 millions dus, N’dri n’a reçu que 5 626 000 F CFA, répartis sur deux virements (700 000 F CFA et 4 926 000 F CFA), ce qui laisse un solde de 27 374 000 F CFA, sans compter les dommages subis. N’dri annonce son intention de saisir la justice pour récupérer la somme restante et faire valoir ses droits. Tous les documents relatifs au marché sont joints à sa déclaration.


L'Opération Hibou

L’"Opération Hibou" en Côte d’Ivoire dévoile un schéma frauduleux où des directeurs financiers, comme M. Kah, directeur financier du Conseil régional du Bélier, prélevent des sommes d’argent liquide auprès d'opérateurs privés en échange de fausses factures du Trésor public. Ces factures, gonflées, prétendent couvrir des travaux ou services fictifs, et sont validées par des contrôleurs financiers complices, qui ferment délibérément les yeux sur ces irrégularités.

Ce processus, illustré par l'exemple de M. Kah, contribue à vider les caisses de l’État ivoirien, en créant un climat de corruption et d’impunité au sein des institutions publiques. Les victimes de ce système sont nombreuses, notamment des opérateurs économiques comme Amadou Touré, qui ont été grugés sous le mandat de l'ex-président Ahoussou Jeannot.

L'absence de sanctions judiciaires et de mesures strictes contre les responsables maintient cette fraude en activité, compromettant gravement la gestion des fonds publics et la transparence financière. L'ampleur du phénomène menace non seulement le développement économique du pays, mais aussi la confiance des citoyens envers leurs institutions publiques. L’opération met en lumière la nécessité urgente de renforcer les contrôles et d’adopter une gouvernance plus transparente pour restaurer la confiance et lutter contre la corruption au sein de l’administration publique.


Kpan Charles avec L’ENQUÊTEUR